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Oct 26 2009
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humanities, jacquelinederomilly
• academie-francaise.fr
J'aimerais en donner un exemple, que je choisis à dessein austère et en apparence ingrat, mais que j'ai eu, souvent, l'occasion d'admirer chez des hommes que j'ai bien connus : celui du savant, seul à sa table de travail, obstiné dans une recherche qui dévore son temps et ses forces. Je pense que l'on voudra bien lui reconnaître, au moins, un amour de la vérité, qui peut aller jusqu'à la passion et exiger de grands sacrifices. Mais est-ce là tout ? Cet amour s'appuie sur le courage. Car il en faut partout, du courage. Il en faut plus que jamais dans les périodes de crise, ou dans celles de laisser-aller. Mais aucune vertu, jamais, ne tient sans le courage; et il en faut à chaque minute quand on cherche la vérité, quand on doit tenir bon, recommencer, dépister ses propres erreurs, maintenir son attention, gagner une heure encore, lutter contre la fatigue, sacrifier ses joies familiales et des biens matériels. Et puis le cap n'est pas toujours facile à tenir : Roger Caillois rappelait ainsi les exigences morales de toute recherche intellectuelle, guettée par le désir de plaire, et déclarait, avec sa fermeté coutumière : « Il est, en effet, inconcevable qu'une concession sur un point n'aboutisse pas à quelque relâchement dans les autres, tant la constitution de l'être humain s'affirme unitaire. » On résiste, on lutte; et pourquoi, en fin de compte, tant d'abnégation, s'il n'existe pas aussi, derrière cet amour de la vérité, un autre amour, inspiré par ceux dont on a la charge ou qui vous ont fait confiance, par les collègues et les élèves, par les futurs lecteurs ou les futurs patients, et par tous ceux que la découverte si âprement recherchée aidera peut-être, un jour, à mieux vivre ou à mieux mourir ? La chaleur des liens humains anime même l'effort le plus intellectuel : tout se tient.